- Préparer et conduire une négociation d'accès humanitaire.
- Gérer les relations civilo-militaires selon les directives de l'IASC et d'Oslo.
- Prendre une décision de principe argumentée face à un dilemme.
1L'accès humanitaire : un processus, pas un droit acquis
L'accès humanitaire recouvre deux dimensions : la capacité des acteurs à atteindre les populations, et celle des populations à accéder à l'aide. Le DIH oblige les parties à un conflit à autoriser et faciliter le passage rapide et sans entrave des secours impartiaux (Protocole additionnel I, art. 70 ; règle 55 du droit coutumier), mais cet accès se négocie au quotidien.
L'acceptation se construit dans la durée : cohérence entre le discours et les actes, transparence sur les critères de sélection, présence de personnel issu de toutes les communautés, et recours à l'aide selon les seuls besoins. Une seule décision perçue comme partisane peut ruiner des années d'acceptation.
2Préparer une négociation : la méthode du CCHN
Le Centre de compétence sur la négociation humanitaire (CCHN) propose une démarche en trois temps :
- Analyser le contexte et l'interlocuteur : intérêts, motivations, réseau d'influence (qui l'influence, qui il influence).
- Fixer ses objectifs et ses limites : ce que l'on cherche, ce qui est négociable (horaires, itinéraires, modalités) et ce qui ne l'est jamais (sélection selon les besoins, contrôle de l'aide, présence armée).
- Construire un terrain d'entente : partir des valeurs partagées (protection des civils, des enfants), puis des faits, avant d'aborder les points de friction.
Une négociation se documente : comptes rendus, engagements obtenus, et information de la coordination (OCHA, groupe de travail sur l'accès).
3Coordination civilo-militaire et lignes rouges
Les Directives d'Oslo (catastrophes) et les directives de l'IASC sur les escortes armées posent le principe du dernier recours : les moyens militaires ne s'utilisent que s'il n'existe aucune alternative civile, pour un besoin vital, de façon limitée dans le temps et sous contrôle civil. OCHA anime la coordination civilo-militaire (UN-CMCoord) : partage d'information, déconfliction des mouvements, sans coopération opérationnelle qui brouillerait la distinction.
Face à un dilemme (payer un « droit de passage », accepter une escorte, taire une violation pour garder l'accès), on documente les options, on évalue leurs conséquences pour les populations et pour les autres acteurs, et l'on décide collectivement, au niveau approprié, en se référant aux principes et au « ne pas nuire ».
Exercice d'application : préparer une fiche de négociation
Choisissez un contexte réel (par exemple une zone où ReliefWeb signale des contraintes d'accès). Rédigez une fiche d'une page : interlocuteur visé et ses intérêts, trois objectifs, deux points négociables, deux lignes rouges, et les arguments fondés sur le DIH et les valeurs partagées.
À retenir
- L'accès se négocie et l'acceptation se construit par la cohérence et l'impartialité.
- Méthode CCHN : analyser l'interlocuteur, fixer objectifs et limites, partir des valeurs partagées.
- Escorte armée et moyens militaires : dernier recours, besoin vital, contrôle civil.
- Un dilemme se tranche collectivement, en documentant les options et leurs conséquences.
Pour aller plus loin : références de la formation
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : la Charte humanitaire et les standards minimums de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
- CHS Alliance, Groupe URD, Projet Sphère (2024). Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité (CHS). www.corehumanitarianstandard.org
- CICR (1977). Les Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels. www.icrc.org/fr/droit-et-politique/conventions-de-geneve
- Nations unies (OCHA) (1998). Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays. www.unhcr.org/fr
- ALNAP (2022). L'état du système humanitaire (rapport). www.alnap.org
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.