Jour 1 sur 4 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Comprendre la VBG en situation d'urgence

Objectifs du jour
  • Définir la VBG et en distinguer les principales formes.
  • Expliquer les causes profondes, les facteurs aggravants et les conséquences.
  • Connaître le cadre normatif et le principe « ne pas nuire ».

1Définir la violence basée sur le genre

Les Directives du Comité permanent inter-organisations (IASC) définissent la VBG comme tout acte préjudiciable commis contre la volonté d'une personne et fondé sur les différences socialement attribuées entre hommes et femmes (le genre). Elle comprend les actes qui infligent un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, la menace de tels actes, la contrainte et la privation de liberté, en public comme en privé.

La VBG touche toutes les personnes, mais elle frappe de façon disproportionnée les femmes et les filles, parce qu'elle s'enracine dans l'inégalité de pouvoir entre les sexes. Les hommes et les garçons peuvent aussi être survivants, notamment de violences sexuelles en détention ou en conflit, ainsi que les personnes LGBTQI+ et les personnes en situation de handicap, souvent plus exposées et moins entendues.

Le terme « survivante » ou « survivant » est privilégié dans les services psychosociaux car il souligne la capacité d'agir de la personne ; le terme « victime » reste utilisé dans les secteurs juridique et médical.

2Les formes de VBG

Le système de gestion de l'information sur la VBG (GBVIMS) retient six types principaux, qui permettent une classification commune entre organisations :

  • Viol : pénétration non consentie, même légère, du vagin, de l'anus ou de la bouche avec un pénis ou une autre partie du corps, ou d'un objet.
  • Agression sexuelle : contact sexuel non consenti sans pénétration (attouchements, baisers forcés, mutilation sexuelle).
  • Agression physique : coups, gifles, brûlures, étranglement et toute violence physique non sexuelle.
  • Mariage forcé, y compris le mariage d'enfants : avant 18 ans, l'enfant ne peut pas donner un consentement libre et éclairé.
  • Déni de ressources, d'opportunités ou de services : confiscation des revenus ou des documents, interdiction d'aller à l'école, de recevoir des soins ou de toucher une aide.
  • Violence psychologique ou émotionnelle : menaces, humiliations, isolement forcé, harcèlement.

D'autres termes décrivent des contextes : la violence entre partenaires intimes, de loin la forme la plus fréquente, y compris en crise ; l'exploitation sexuelle (sexe échangé contre de l'aide, un abri ou de l'argent) ; les mutilations génitales féminines ; la traite.

3Causes, facteurs de risque et conséquences

La cause profonde de la VBG est l'inégalité entre les genres : normes sociales qui tolèrent la violence, contrôle des hommes sur les ressources et les décisions, impunité. Les crises n'inventent pas la VBG, elles l'aggravent par des facteurs contributifs :

  • effondrement des protections familiales, communautaires et de l'État de droit ;
  • déplacement, surpeuplement, abris sans porte qui ferme, latrines éloignées et non éclairées ;
  • perte des moyens de subsistance, qui pousse vers le sexe de survie et le mariage précoce comme stratégie économique ;
  • présence d'hommes armés, collecte de bois ou d'eau dans des zones isolées ;
  • distribution d'aide mal conçue, contrôlée par des intermédiaires qui abusent de leur pouvoir.

Les conséquences sont graves et durables : blessures, infection à VIH et autres IST, grossesses non désirées, avortements à risque, fistules, détresse psychologique, idées suicidaires, stigmatisation, rejet familial, perte de revenus, et parfois décès (féminicide, suicide, complications obstétricales).

4Le principe : supposer que la VBG existe, et ne pas nuire

Les Directives IASC posent un principe central : tous les humanitaires doivent supposer que la VBG a lieu et la traiter comme un problème grave et vital, sans attendre de preuves ni de chiffres. L'absence de cas signalés ne signifie jamais l'absence de violences : la honte, la peur des représailles et le manque de services font que la grande majorité des survivantes ne parlent pas.

Conséquence pratique : on ne réalise pas d'enquête de prévalence au début d'une urgence pour « prouver » le problème. Ces enquêtes exposent les répondantes à des risques et n'apportent rien à la réponse immédiate. Les recommandations éthiques et de sécurité de l'OMS (2007) exigent notamment que les bénéfices pour les répondantes soient supérieurs aux risques et que des services soient disponibles avant toute collecte.

Le principe « ne pas nuire » s'applique à chaque action : une question mal posée, un dossier mal rangé, une photo, un nom dans un rapport, un groupe de discussion sur des cas individuels peuvent exposer une femme à des représailles mortelles.

Mise en situation

La confidence au bord du forage

Village d'accueil de déplacés, point d'eau

Votre rôle

Vous êtes agent d'hygiène d'une ONG WASH et animez une séance de sensibilisation.

À la fin de la séance, une jeune femme reste en arrière. Elle vous dit qu'un homme du village voisin l'a forcée à avoir des rapports la veille au soir, qu'elle a honte et qu'elle ne veut pas que sa mère le sache. Il n'y a pas d'acteur VBG dans le village, mais le centre de santé de la commune, à 7 km, assure la prise en charge clinique.

  1. Décision 1 sur 3Comment réagissez-vous d'abord ?

  2. Décision 2 sur 3Que lui dites-vous sur les soins ?

  3. Décision 3 sur 3Elle accepte d'aller au centre mais n'a pas d'argent pour le transport. Vous :

Exercice d'application : cartographier les risques

Un site de déplacés de 12 000 personnes accueille 58 % de femmes et d'enfants. Les latrines sont mixtes et situées à 250 mètres des abris, sans éclairage ; les femmes ramassent le bois à 6 km ; des hommes en uniforme circulent la nuit ; les listes de distribution sont tenues par des chefs de bloc masculins. Aucun cas de VBG n'a été signalé. Identifiez cinq facteurs de risque, expliquez pourquoi l'absence de signalement ne prouve rien et proposez une action d'atténuation par facteur, en précisant le secteur responsable.

À retenir

  • VBG : acte préjudiciable commis contre la volonté d'une personne, fondé sur le genre ; femmes et filles touchées de façon disproportionnée.
  • Six types GBVIMS : viol, agression sexuelle, agression physique, mariage forcé, déni de ressources, violence psychologique.
  • Cause profonde : l'inégalité de genre ; la crise aggrave les facteurs de risque.
  • Supposer que la VBG existe : agir sans attendre de chiffres, pas d'enquête de prévalence en urgence.
  • Ne pas nuire : chaque question, dossier ou photo peut exposer une survivante.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent inter-organisations (IASC) (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire. gbvguidelines.org
  2. UNFPA, GBV AoR (2019). Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la violence basée sur le genre dans les situations d'urgence. www.unfpa.org/minimum-standards
  3. IASC, GBV Guidelines Reference Group (2018). How to support survivors of gender-based violence when a GBV actor is not available in your area (GBV Pocket Guide). gbvguidelines.org
  4. OMS, UNFPA, HCR (2020). Clinical management of rape and intimate partner violence survivors: developing protocols for use in humanitarian settings. www.who.int/publications/i/item/9789240001411
  5. Gender-Based Violence Information Management System Steering Committee (2017). Interagency Gender-Based Violence Case Management Guidelines. www.gbvims.com
  6. Organisation mondiale de la Santé (2007). WHO ethical and safety recommendations for researching, documenting and monitoring sexual violence in emergencies. www.who.int/publications/i/item/9789241595681
  7. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  8. GBV AoR, Global Protection Cluster (2024). Gender-Based Violence Area of Responsibility. gbvaor.net

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Une femme reçoit sa carte de distribution confisquée par son mari, qui revend la ration. Selon la classification GBVIMS, il s'agit de :
2Dans un camp, aucune ONG n'a reçu de signalement de VBG depuis trois mois. Que faut-il en conclure ?
3La cause profonde de la VBG est :

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