- Intégrer l'atténuation des risques de VBG dans chaque secteur selon les Directives IASC.
- Concevoir des espaces sûrs et des actions de prévention.
- Coordonner avec le domaine de responsabilité VBG et partager les données de façon éthique.
1Les Directives IASC 2015 : la VBG est l'affaire de tous
Les Directives IASC pour l'intégration d'interventions ciblant la VBG dans l'action humanitaire (2015) s'adressent aux acteurs non spécialistes. Elles couvrent treize domaines thématiques (abris et installations, eau et assainissement, sécurité alimentaire, nutrition, santé, éducation, CCCM, moyens de subsistance, protection, logement, terres et biens, action contre les mines, protection de l'enfance, logistique) et suivent le cycle de programme :
- Évaluation, analyse et planification : poser des questions sur les risques, pas sur les cas.
- Mobilisation des ressources : budgéter l'éclairage, les verrous, le personnel féminin.
- Mise en œuvre : programmation, politiques et communication.
- Coordination avec les autres secteurs et le sous-cluster VBG.
- Suivi et évaluation avec des indicateurs ventilés par sexe, âge et handicap.
Elles reposent sur trois objectifs : réduire les risques dans chaque secteur, favoriser la résilience des personnes et des communautés, et contribuer au relèvement en s'attaquant aux causes.
2Atténuer les risques secteur par secteur
L'atténuation consiste à concevoir l'aide de façon à ne pas créer ni aggraver les risques. Exemples concrets issus des Directives et du manuel Sphère :
- WASH : latrines et douches séparées par sexe, avec signalisation claire, verrou intérieur, éclairage, à distance sûre des abris ; le manuel Sphère recommande un ratio d'environ trois latrines pour femmes pour une pour hommes dans les lieux publics.
- Abris et CCCM : portes qui ferment, cloisons pour l'intimité, regroupement des ménages dirigés par des femmes près des services, éclairage des allées, comités mixtes.
- Distributions et transferts : horaires de jour, files séparées, points proches, personnel féminin, listes tenues par l'organisation et non par des intermédiaires, mécanisme de plaintes accessible.
- Sécurité alimentaire et moyens de subsistance : combustible ou foyers améliorés pour limiter la collecte de bois, analyse des risques des transferts monétaires dans le ménage.
- Éducation : trajets sûrs, latrines séparées, enseignantes, code de conduite.
Les audits de sécurité menés par des équipes mixtes, avec des marches exploratoires de jour et de nuit et des groupes de discussion avec les femmes et les adolescentes, permettent d'identifier les lieux à risque. Ils portent sur les lieux et les services, jamais sur des cas individuels.
3Espaces sûrs et prévention
Les espaces sûrs pour les femmes et les filles sont des lieux formels ou informels où elles se sentent en sécurité physique et émotionnelle. Ils offrent des activités de soutien psychosocial, d'information, de compétences de vie, des groupes d'entraide et un point d'entrée discret vers la gestion de cas : venir à l'espace ne signale pas qu'on est survivante. Ils sont conçus avec les femmes elles-mêmes (horaires, emplacement, garde des enfants) et animés par du personnel féminin formé.
La prévention vise les causes : transformation des normes sociales avec les hommes, les chefs religieux et les jeunes (approches communautaires sur la durée, comme SASA!), autonomisation économique des femmes, leadership des femmes dans les comités, prévention du mariage d'enfants. Elle demande du temps : en phase aiguë, on priorise la réponse et l'atténuation, en préparant la prévention.
La protection contre l'exploitation et les abus sexuels (PEAS) commis par le personnel humanitaire en est un pilier : interdiction de toute relation sexuelle avec un enfant et de tout échange de sexe contre de l'aide, obligation de signaler, assistance à la victime selon l'approche centrée sur la survivante.
4Coordination et éthique des données
Le domaine de responsabilité VBG (GBV AoR), dirigé par l'UNFPA au sein du cluster Protection mondial, coordonne la réponse. Au niveau national, un sous-cluster VBG élabore avec les autorités les procédures opérationnelles standard (POS) et le circuit de référencement : qui fait quoi, où, comment orienter, avec quel formulaire et quel consentement. Les Normes minimales inter-agences (2019) fixent seize normes pour une programmation VBG de qualité.
Le GBVIMS permet aux prestataires de collecter les données de cas de manière standardisée et sûre, avec consentement, et de ne partager que des statistiques agrégées et anonymes dans le cadre d'un protocole de partage d'informations signé. Les données de VBG décrivent les personnes qui ont accédé aux services : elles ne mesurent jamais la prévalence et ne doivent pas être présentées comme telles.
Règles d'or : jamais de données individuelles dans les rapports de cluster, les présentations ou les courriels ; pas de liste de survivantes demandée par un bailleur, une autorité ou un partenaire ; pas de petits nombres publiés par village quand ils permettent d'identifier quelqu'un.
La réunion qui veut des chiffres
Réunion de coordination inter-cluster, capitale provinciale
Vous représentez le sous-cluster VBG.
Un représentant d'une agence demande que chaque ONG présente « le nombre de viols par camp, avec l'âge et l'ethnie des victimes ». Le cluster Abris présente un plan de site sans éclairage. Un bailleur souhaite financer une « grande enquête sur la prévalence des violences sexuelles » dans les trois prochains mois.
Décision 1 sur 3Comment répondez-vous à la demande de chiffres par camp, âge et ethnie ?
Décision 2 sur 3Le plan de site du cluster Abris ne prévoit pas d'éclairage. Vous :
Décision 3 sur 3Que conseillez-vous au bailleur intéressé par une enquête de prévalence ?
Ce qu'il faut retenir
Défendre l'éthique des données, faire de l'atténuation des risques l'affaire de chaque secteur et orienter les financements vers les services.
Exercice d'application : un plan d'atténuation multisectoriel
Pour un site de 20 000 personnes en phase aiguë, rédigez une page qui fixe pour quatre secteurs (WASH, abris et CCCM, distributions, éducation) deux mesures d'atténuation chacun, un indicateur de suivi ventilé par sexe et âge, et le mode de coordination avec le sous-cluster VBG. Précisez comment vous diffuserez le circuit de référencement à tout le personnel, y compris les chauffeurs et les gardiens.
À retenir
- Directives IASC 2015 : tous les secteurs atténuent les risques, à chaque étape du cycle de programme.
- Audits de sécurité et marches exploratoires : sur les lieux et les services, jamais sur des cas.
- Espaces sûrs pour femmes et filles : soutien, information et point d'entrée discret vers la gestion de cas.
- GBV AoR dirigé par l'UNFPA ; sous-cluster national : POS et circuit de référencement.
- GBVIMS : consentement, protocole de partage, données agrégées ; elles ne mesurent pas la prévalence.
Pour aller plus loin : références de la formation
- Comité permanent inter-organisations (IASC) (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire. gbvguidelines.org
- UNFPA, GBV AoR (2019). Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la violence basée sur le genre dans les situations d'urgence. www.unfpa.org/minimum-standards
- IASC, GBV Guidelines Reference Group (2018). How to support survivors of gender-based violence when a GBV actor is not available in your area (GBV Pocket Guide). gbvguidelines.org
- OMS, UNFPA, HCR (2020). Clinical management of rape and intimate partner violence survivors: developing protocols for use in humanitarian settings. www.who.int/publications/i/item/9789240001411
- Gender-Based Violence Information Management System Steering Committee (2017). Interagency Gender-Based Violence Case Management Guidelines. www.gbvims.com
- Organisation mondiale de la Santé (2007). WHO ethical and safety recommendations for researching, documenting and monitoring sexual violence in emergencies. www.who.int/publications/i/item/9789241595681
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
- GBV AoR, Global Protection Cluster (2024). Gender-Based Violence Area of Responsibility. gbvaor.net
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.