Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Programmes VBG spécialisés, cas complexes et gestion éthique des données

Objectifs du jour
  • Concevoir un programme VBG spécialisé conforme aux Normes minimales inter-agences.
  • Accompagner des cas complexes en conciliant sécurité, consentement et intérêt supérieur.
  • Piloter la qualité par des données collectées et partagées de façon éthique.

1Les Normes minimales inter-agences (2019)

Les Normes minimales pour la programmation de la lutte contre la VBG dans les situations d'urgence, publiées par l'UNFPA et le GBV AoR, fixent seize normes regroupées en trois ensembles : les normes fondamentales (principes directeurs, participation et autonomisation des femmes et des filles, soins et soutien au personnel), les normes de programmation (soins de santé, santé mentale et soutien psychosocial, gestion de cas, systèmes de référencement, sécurité et atténuation des risques, justice et aide juridique, kits de dignité et assistance en espèces, autonomisation économique et moyens de subsistance, transformation des systèmes et des normes sociales, espaces sûrs pour les femmes et les filles) et les normes de coordination et de gestion (préparation, évaluation, suivi et évaluation, collecte et utilisation des données VBG).

Chaque norme comporte des actions clés et des indicateurs. Exemples : du personnel féminin pour les services aux femmes, une supervision régulière des gestionnaires de cas, des kits de dignité conçus avec les femmes et distribués comme point d'entrée vers les services, une analyse des risques de VBG dans toute programmation en espèces.

2Accompagner des cas complexes

Certains cas demandent une analyse fine et une supervision rapprochée :

  • Enfants survivants : application des Directives sur la prise en charge des enfants survivants (CCS), consentement de l'enfant selon son âge et sa maturité, accord du parent ou tuteur sauf si celui-ci est l'auteur ou met l'enfant en danger, coordination avec la protection de l'enfance.
  • Auteur proche ou puissant (mari, chef, agent humanitaire) : plan de sécurité renforcé, discrétion absolue dans les déplacements, solutions d'hébergement temporaire.
  • Exploitation et abus sexuels par du personnel humanitaire : signalement par le canal PEAS dédié, assistance immédiate sans attendre l'enquête, la victime n'est jamais confrontée à l'auteur.
  • Obligation légale de signalement : la connaître, l'expliquer avant l'entretien, en évaluer les risques avec la superviseure et l'appliquer en réduisant au maximum les risques pour la survivante.

La règle reste la même : la survivante, ou l'enfant selon sa maturité, participe à chaque décision, et chaque action est précédée d'une évaluation de la sécurité.

3GBVIMS, Primero et protocole de partage

Le GBVIMS comprend une classification standard des incidents, un formulaire d'admission et un formulaire de consentement, un outil d'enregistrement (ou sa version électronique GBVIMS+ sur Primero) et un protocole de partage d'informations qui précise qui reçoit quelles statistiques, à quelle fréquence et pour quel usage.

Bonnes pratiques : consentement spécifique au partage de données non identifiantes, codes à la place des noms, regroupement des petites zones pour éviter l'identification, analyse des tendances (types d'incidents, délais d'accès aux soins, lieux) pour adapter les programmes. Un indicateur clé est la proportion de survivantes de viol ayant reçu la PPE dans les 72 heures : un taux faible signale des obstacles d'accès à lever.

4Qualité, redevabilité et soins au personnel

La qualité se pilote par la supervision des gestionnaires de cas (revues de dossiers, observation, études de cas), des enquêtes de satisfaction menées de manière confidentielle, des groupes de discussion avec les femmes sur l'accessibilité des services et un mécanisme de plaintes adapté. Les retours servent à ajuster les horaires, les emplacements et les profils du personnel.

Le travail VBG expose le personnel au traumatisme vicariant : charge de dossiers maîtrisée, supervision, temps de récupération et soutien psychologique font partie du programme et du budget. Une équipe épuisée commet des erreurs de confidentialité et de sécurité.

Exercice d'application : revue d'un programme VBG

Un programme VBG présente sur six mois : 312 incidents enregistrés, dont 74 viols ; 29 survivantes de viol ont reçu la PPE dans les 72 heures ; 3 gestionnaires de cas pour 140 dossiers actifs ; aucune activité en dehors du chef-lieu ; aucun espace sûr accessible aux femmes handicapées. Calculez la proportion de PPE dans les délais, identifiez cinq écarts par rapport aux Normes minimales et proposez un plan d'amélioration chiffré pour les six prochains mois.

À retenir

  • Normes minimales 2019 : seize normes, des principes fondamentaux à la gestion des données.
  • Enfants survivants : consentement selon la maturité, intérêt supérieur, tuteur écarté s'il est l'auteur.
  • PEAS : canal de signalement dédié, assistance immédiate, jamais de confrontation avec l'auteur.
  • GBVIMS : consentement, codes, protocole de partage, analyse des tendances ; PPE dans les 72 heures comme indicateur clé.
  • Qualité : supervision, retours des femmes, charge maîtrisée et soins au personnel.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent inter-organisations (IASC) (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire. gbvguidelines.org
  2. UNFPA, GBV AoR (2019). Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la violence basée sur le genre dans les situations d'urgence. www.unfpa.org/minimum-standards
  3. IASC, GBV Guidelines Reference Group (2018). How to support survivors of gender-based violence when a GBV actor is not available in your area (GBV Pocket Guide). gbvguidelines.org
  4. OMS, UNFPA, HCR (2020). Clinical management of rape and intimate partner violence survivors: developing protocols for use in humanitarian settings. www.who.int/publications/i/item/9789240001411
  5. Gender-Based Violence Information Management System Steering Committee (2017). Interagency Gender-Based Violence Case Management Guidelines. www.gbvims.com
  6. Organisation mondiale de la Santé (2007). WHO ethical and safety recommendations for researching, documenting and monitoring sexual violence in emergencies. www.who.int/publications/i/item/9789241595681
  7. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
  8. GBV AoR, Global Protection Cluster (2024). Gender-Based Violence Area of Responsibility. gbvaor.net

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Une fillette de 12 ans a été agressée par son oncle, qui est aussi son tuteur. Pour le consentement aux services :
2Sur 74 survivantes de viol, 29 ont reçu la PPE dans les 72 heures. Cette proportion (environ 39 %) indique :
3Combien de normes comptent les Normes minimales inter-agences VBG de 2019 ?

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