- Appliquer les quatre principes directeurs de l'approche centrée sur la survivante.
- Accueillir une révélation et orienter de façon sûre sans être spécialiste.
- Connaître la prise en charge clinique du viol et les étapes de la gestion de cas.
1Les principes directeurs
L'approche centrée sur la survivante place les droits, les besoins et les choix de la personne au centre de chaque décision. Elle repose sur quatre principes :
- Sécurité : la sécurité physique et émotionnelle de la survivante, de sa famille et du personnel passe avant tout. On évalue le risque de représailles avant chaque action.
- Confidentialité : l'information n'est partagée qu'avec le consentement éclairé de la personne et uniquement ce qui est nécessaire. Aucun nom dans les rapports, les courriels ou les réunions.
- Respect : la survivante décide. On lui donne toutes les informations, on respecte ses choix, même ceux qu'on ne partage pas, et on ne la juge pas.
- Non-discrimination : chaque personne reçoit le même traitement, quels que soient son âge, son handicap, son statut, son ethnie, son orientation sexuelle ou le type de violence subie.
Les limites de la confidentialité existent : risque imminent pour la vie, enfant en danger, obligations de signalement prévues par la loi. Elles doivent être expliquées dès le début, avant que la personne ne se confie. Pour les enfants, s'ajoute le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant.
2Recevoir une révélation sans être spécialiste
Un chauffeur, une enquêtrice, un agent de distribution peuvent recevoir une révélation. Le GBV Pocket Guide de l'IASC leur donne une conduite simple, fondée sur les premiers secours psychologiques : observer, écouter, orienter.
- Trouver un endroit où la personne se sent en sécurité, demander si elle veut être accompagnée.
- Écouter calmement, croire ce qu'elle dit, ne pas poser de questions sur les détails de l'agression, ne pas chercher à savoir qui est l'auteur.
- Dire des phrases simples : « Ce n'est pas votre faute », « Vous avez bien fait d'en parler ».
- Donner des informations exactes sur les services disponibles (santé, psychosocial, sécurité, juridique), leur coût, leur localisation, leurs horaires, et ce qui se passera.
- Laisser la personne choisir ; si elle le demande, faire le lien avec le service.
À ne pas faire : interroger, prendre des notes détaillées, prendre des photos, confronter l'auteur, informer la famille ou les chefs sans son accord, promettre ce qu'on ne peut pas tenir. Là où aucun acteur VBG n'existe, le Pocket Guide demande quand même de soutenir la personne et de lui donner les informations sur les autres services disponibles.
3La prise en charge clinique du viol
Le viol est une urgence médicale. Selon les directives OMS, UNFPA et HCR (2020), la survivante doit être informée qu'elle peut recevoir des soins gratuits et confidentiels, même sans porter plainte :
- Prophylaxie post-exposition au VIH (PPE) : le plus tôt possible, au plus tard dans les 72 heures, pendant 28 jours.
- Contraception d'urgence : jusqu'à 120 heures (5 jours), par pilule ou dispositif intra-utérin au cuivre ; plus elle est précoce, plus elle est efficace.
- Traitement présomptif des infections sexuellement transmissibles, vaccination contre l'hépatite B et le tétanos selon le statut vaccinal.
- Soins des blessures, soutien psychologique de première ligne, orientation vers la santé mentale.
- Examen et collecte de preuves médico-légales uniquement avec consentement et si la personne envisage une procédure ; remise d'un certificat médical.
Au-delà de 72 ou 120 heures, la survivante reste prise en charge : dépistage, traitement des IST, test de grossesse, soins de santé mentale, conseil sur les options légales en matière de grossesse. Le dispositif minimum d'urgence (DMU) pour la santé sexuelle et reproductive fait de cette prise en charge une priorité dès les premiers jours.
4La gestion de cas VBG
La gestion de cas VBG est un accompagnement structuré, assuré par une travailleuse sociale formée et supervisée, qui coordonne les services autour de la survivante. Les Directives inter-agences (2017) décrivent six étapes :
- Introduction et engagement : accueil, présentation du service, limites de la confidentialité, consentement éclairé.
- Évaluation des besoins et de la sécurité.
- Plan d'action construit avec la survivante, y compris un plan de sécurité.
- Mise en œuvre : services directs et orientations accompagnées.
- Suivi de la situation et de la qualité des services reçus.
- Clôture du dossier quand les objectifs sont atteints ou à la demande de la survivante.
Repères de qualité : une gestionnaire de cas suit 15 à 20 dossiers actifs au maximum (référence couramment retenue), bénéficie d'une supervision régulière et de soins pour le personnel. Les dossiers papier sont rangés sous clé, les fichiers électroniques protégés par mot de passe, avec des codes à la place des noms.
Le dossier qui ne ferme pas
Espace sûr pour femmes et filles, site urbain de déplacés
Vous êtes gestionnaire de cas VBG dans une ONG spécialisée.
Esther (prénom fictif), 34 ans, mère de quatre enfants, subit depuis des mois les violences de son mari. Hier, il l'a menacée avec un couteau. Elle refuse l'hébergement d'urgence car elle ne veut pas quitter ses enfants ni perdre la ration familiale enregistrée au nom de son mari. Votre collègue propose d'appeler la police.
Décision 1 sur 3Comment évaluez-vous la situation ?
Décision 2 sur 3Esther refuse l'hébergement. Vous :
Décision 3 sur 3Comment répondre à sa crainte de perdre la ration ?
Ce qu'il faut retenir
Évaluer le danger avec la survivante, respecter ses choix, construire un plan de sécurité et agir sur les causes de dépendance avec un partage minimal d'informations.
Exercice d'application : jeu de rôle d'une révélation
Par groupes de trois (une personne qui révèle, une personne qui reçoit, une observatrice), jouez la situation suivante : lors d'une distribution d'articles d'hygiène, une jeune femme de 22 ans dit à une agente qu'elle a été violée deux jours plus tôt en allant chercher de l'eau. L'agente n'est pas spécialiste VBG. L'observatrice note les principes respectés ou non, les questions inutiles, les informations données sur la PPE (délai de 72 heures) et la contraception d'urgence, et la manière dont le choix de la survivante est respecté.
À retenir
- Quatre principes : sécurité, confidentialité, respect, non-discrimination.
- Consentement éclairé avant tout partage ; limites de la confidentialité expliquées d'emblée.
- Sans être spécialiste : observer, écouter, orienter ; informer et laisser choisir, ne pas interroger.
- Viol : PPE dans les 72 heures, contraception d'urgence jusqu'à 120 heures ; soins gratuits même sans plainte.
- Gestion de cas : six étapes, plan de sécurité, supervision, dossiers codés et sous clé.
Pour aller plus loin : références de la formation
- Comité permanent inter-organisations (IASC) (2015). Directives pour l'intégration d'interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l'action humanitaire. gbvguidelines.org
- UNFPA, GBV AoR (2019). Normes minimales inter-agences pour la programmation de la lutte contre la violence basée sur le genre dans les situations d'urgence. www.unfpa.org/minimum-standards
- IASC, GBV Guidelines Reference Group (2018). How to support survivors of gender-based violence when a GBV actor is not available in your area (GBV Pocket Guide). gbvguidelines.org
- OMS, UNFPA, HCR (2020). Clinical management of rape and intimate partner violence survivors: developing protocols for use in humanitarian settings. www.who.int/publications/i/item/9789240001411
- Gender-Based Violence Information Management System Steering Committee (2017). Interagency Gender-Based Violence Case Management Guidelines. www.gbvims.com
- Organisation mondiale de la Santé (2007). WHO ethical and safety recommendations for researching, documenting and monitoring sexual violence in emergencies. www.who.int/publications/i/item/9789241595681
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales de l'intervention humanitaire. spherestandards.org/fr/manuel-2018
- GBV AoR, Global Protection Cluster (2024). Gender-Based Violence Area of Responsibility. gbvaor.net
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.