- Définir la protection selon l'IASC et en connaître les fondements juridiques.
- Expliquer la centralité de la protection et le rôle de chaque acteur.
- Décomposer un risque de protection en menace, vulnérabilité et capacités.
1Définir la protection
La définition adoptée par le Comité permanent interorganisations (IASC) en 1999, et reprise dans sa Politique sur la protection dans l'action humanitaire de 2016, est la référence commune : la protection recouvre toutes les activités visant à obtenir le plein respect des droits de la personne, conformément à la lettre et à l'esprit des corps de droit pertinents.
Trois corps de droit sont mobilisés : le droit international des droits de l'homme, qui s'applique en tout temps ; le droit international humanitaire, qui encadre la conduite des hostilités et protège les personnes qui ne participent pas ou plus aux combats ; le droit international des réfugiés (Convention de 1951 et Protocole de 1967). S'y ajoutent les instruments régionaux, comme la Convention de Kampala de l'Union africaine pour les personnes déplacées internes, et le droit national.
La protection n'est pas une liste d'activités : c'est un résultat. Une intervention est protectrice si elle réduit concrètement le risque que courent les personnes : moins de violence, de coercition, de privation délibérée ou d'exploitation. L'État porte la responsabilité première de protéger sa population ; les humanitaires soutiennent, rappellent et, en dernier recours, suppléent.
2La centralité de la protection
En 2013, les responsables de l'IASC ont affirmé que la protection doit être au cœur de l'action humanitaire. La Politique de 2016 en tire les conséquences : la protection n'est pas la seule affaire du cluster Protection, elle engage le coordonnateur humanitaire, l'équipe humanitaire de pays (EHP) et tous les secteurs.
- L'EHP adopte une stratégie de protection qui fixe quelques risques prioritaires et des résultats collectifs.
- Chaque secteur identifie les risques que ses propres programmes peuvent créer ou réduire.
- L'analyse de protection alimente l'aperçu des besoins humanitaires et le plan de réponse.
On distingue souvent trois types d'activités, illustrés par le « modèle de l'œuf » : les actions réactives, qui font cesser ou préviennent une violation en cours ; les actions correctives, qui aident les personnes à se rétablir (soins, documentation, réparation) ; la construction d'un environnement favorable au respect des droits (lois, pratiques, normes sociales).
3L'équation du risque de protection
L'analyse de protection repose sur une équation simple, utilisée par le Global Protection Cluster : Risque = Menace × Vulnérabilité / Capacités.
- Menace : une action humaine, une politique ou une pratique qui cause un préjudice (violence, coercition, privation délibérée). On décrit l'auteur, son comportement, sa motivation : par exemple « des hommes armés extorquent les femmes qui ramassent le bois à plus de 3 km du site ».
- Vulnérabilité : les caractéristiques et circonstances qui exposent certaines personnes davantage à cette menace (âge, genre, handicap, statut, absence de documents, isolement). La vulnérabilité n'est pas une étiquette permanente : elle dépend de la menace.
- Capacités : les ressources, compétences et stratégies des personnes et des communautés pour éviter la menace ou en limiter les effets (déplacements en groupe, comités de vigilance, réseaux sociaux, savoirs).
Une réponse de protection agit sur au moins un des trois termes : réduire la menace (dialogue avec les porteurs d'armes, plaidoyer), réduire l'exposition (combustible fourni, éclairage, documentation) ou renforcer les capacités, sans jamais transférer le risque sur d'autres personnes.
4Les acteurs et le cluster Protection
Le Global Protection Cluster est dirigé par le HCR. Au niveau du pays, le cluster Protection coordonne l'analyse, les standards, la cartographie des services et le plaidoyer commun. Il comprend quatre domaines de responsabilité (DdR) dotés de leurs propres coordinations :
- Violences basées sur le genre (VBG), sous la direction du FNUAP.
- Protection de l'enfant, sous la direction de l'UNICEF.
- Logement, terre et propriété (LTP), avec le Conseil norvégien pour les réfugiés comme chef de file.
- Action contre les mines, sous la direction du Service de l'action antimines des Nations unies (UNMAS).
Dans les situations de réfugiés, la coordination de la protection relève du HCR selon le modèle de coordination pour les réfugiés, et non du système des clusters. Le CICR, qui tient son mandat des Conventions de Genève, n'est pas membre des clusters mais échange avec eux dans le respect de sa neutralité et de son dialogue confidentiel avec les parties.
Le chemin du bois
Site de déplacés de Bilenga, saison sèche
Vous êtes agent de protection et animez des discussions de groupe avec les femmes du site.
Lors d'une discussion, des femmes expliquent qu'elles partent chaque matin chercher du bois à 5 km du site, dans une zone où passent des hommes armés. Deux d'entre elles disent avoir été « embêtées » la semaine dernière. Une adolescente reste silencieuse et paraît bouleversée.
Décision 1 sur 3Comment réagissez-vous pendant la discussion de groupe ?
Décision 2 sur 3À la fin, l'adolescente s'approche et dit qu'elle veut parler. Vous :
Décision 3 sur 3Comment réduire le risque pour l'ensemble des femmes du site ?
Ce qu'il faut retenir
Ne jamais recueillir d'incidents en groupe, écouter et orienter avec consentement, et réduire le risque en agissant avec les autres secteurs.
Exercice d'application : décomposer un risque
Sur un site de 12 000 personnes déplacées, des adolescentes signalent des agressions sur le chemin du point d'eau, situé à 900 m au-delà d'un poste de contrôle tenu par une milice. Formulez le risque de protection en une phrase, puis décrivez la menace (auteur, comportement), les facteurs de vulnérabilité et les capacités déjà présentes. Proposez une action pour chacun des trois termes de l'équation et indiquez quels secteurs doivent agir.
À retenir
- Protection selon l'IASC : toutes les activités visant le plein respect des droits, selon le droit des droits de l'homme, le DIH et le droit des réfugiés.
- La protection est un résultat : la réduction réelle du risque.
- Centralité : le coordonnateur humanitaire, l'EHP et tous les secteurs sont responsables.
- Risque = Menace × Vulnérabilité / Capacités.
- Cluster Protection dirigé par le HCR, avec quatre DdR : VBG, protection de l'enfant, LTP, action contre les mines.
Pour aller plus loin : références de la formation
- Comité permanent interorganisations (IASC) (2016). IASC Policy on Protection in Humanitarian Action. interagencystandingcommittee.org
- Comité international de la Croix-Rouge (2018). Standards professionnels pour les activités de protection menées par les organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme lors de conflits armés et d'autres situations de violence (3e édition). www.icrc.org/fr
- Global Protection Cluster (2021). Protection Analytical Framework (PAF). www.globalprotectioncluster.org
- Nations unies, Haut-Commissariat aux droits de l'homme (1998). Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays. www.ohchr.org/fr
- Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (Principes de protection). spherestandards.org/fr/manuel-2018
- Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
- GBV AoR, FNUAP (2024). Domaine de responsabilité Violences basées sur le genre (GBV AoR). www.gbvaor.net
- Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) (2024). Protection des personnes déplacées internes. www.unhcr.org/fr
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