Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Stratégie de protection, plaidoyer et données sensibles

Objectifs du jour
  • Contribuer à une stratégie de protection de l'EHP centrée sur des risques prioritaires.
  • Concevoir un plaidoyer de protection qui réduit le risque sans exposer les personnes.
  • Encadrer la gestion et le partage des données sensibles de protection.

1La stratégie de protection de l'EHP

La Politique de l'IASC de 2016 demande à chaque EHP d'adopter une stratégie de protection pluriannuelle. Une bonne stratégie retient deux à quatre risques prioritaires issus de l'analyse (par exemple : retours forcés, privation délibérée d'accès à l'assistance, attaques contre les civils), fixe des résultats collectifs mesurables, attribue des responsabilités à chaque secteur et aux dirigeants, et prévoit un suivi régulier.

Le cluster Protection en est le moteur technique, mais la stratégie appartient au coordonnateur humanitaire et à l'EHP : c'est à leur niveau que se portent les messages auprès des autorités, des parties au conflit et des missions de maintien de la paix.

2Le plaidoyer de protection

Le plaidoyer vise un changement de comportement ou de politique de la part d'un porteur d'obligations. On distingue plusieurs modes d'action, décrits notamment par le CICR : la persuasion (dialogue bilatéral et confidentiel), la mobilisation d'acteurs influents, la dénonciation publique en dernier recours, le soutien aux autorités qui veulent agir et la substitution lorsque les services manquent.

Chaque option se choisit après une analyse des risques : un message public peut entraîner des représailles contre les témoins ou la perte d'accès. Un plaidoyer efficace est fondé sur des données vérifiées, formule une demande précise et réaliste, s'adresse à la bonne cible et est porté au bon niveau, souvent collectivement par le cluster ou le coordonnateur humanitaire.

3Gérer et partager les données sensibles

Les principes de gestion de l'information de protection (PIM) et les orientations opérationnelles de l'IASC sur la responsabilité des données s'appliquent à toute la chaîne : collecte, stockage, analyse, partage, conservation et destruction. Les outils clés : une évaluation d'impact sur la protection des données avant tout nouveau système, des accords de partage de données qui précisent la finalité, le niveau d'agrégation et les mesures de sécurité, et une classification de la sensibilité des jeux de données.

Les données d'incidents de VBG ne circulent que selon les protocoles du système de gestion de l'information sur la VBG (GBVIMS) et les accords du DdR. Même des données agrégées peuvent être sensibles : l'emplacement d'un groupe ethnique ou d'un camp peut devenir une cible. Avant de partager, on se demande toujours qui pourrait utiliser cette information pour nuire.

4Mesurer les résultats de protection

L'approche de la protection axée sur les résultats, promue notamment par InterAction, invite à mesurer la réduction du risque plutôt que le volume d'activités. Un résultat se formule en termes de changement pour les personnes : moins d'incidents, moins de stratégies d'adaptation négatives, plus d'accès effectif aux documents ou aux services.

Concrètement : définir une base de référence, suivre quelques indicateurs de résultat combinant données quantitatives et perceptions des communautés (sentiment de sécurité, confiance dans les services), réviser la stratégie quand le contexte change, et documenter les effets imprévus, y compris négatifs.

Exercice d'application : la note de plaidoyer

À partir du cas « Retours sous pression », rédigez une note d'une page pour le coordonnateur humanitaire : risque prioritaire formulé selon l'équation du risque, éléments de preuve agrégés, demandes précises au gouvernement et aux bailleurs, mode d'action recommandé (persuasion, mobilisation ou dénonciation) avec son analyse de risque, et indicateurs de résultat pour les trois prochains mois. Aucune donnée personnelle ne doit figurer dans la note.

À retenir

  • Stratégie de l'EHP : deux à quatre risques prioritaires, résultats collectifs, responsabilités claires.
  • Modes d'action : persuasion, mobilisation, dénonciation, soutien, substitution, choisis après analyse des risques.
  • Plaidoyer : données vérifiées, demande précise, bonne cible, bon niveau.
  • Données : finalité, évaluation d'impact, accords de partage ; les données VBG suivent le GBVIMS.
  • Mesurer la réduction du risque, pas seulement les activités.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent interorganisations (IASC) (2016). IASC Policy on Protection in Humanitarian Action. interagencystandingcommittee.org
  2. Comité international de la Croix-Rouge (2018). Standards professionnels pour les activités de protection menées par les organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme lors de conflits armés et d'autres situations de violence (3e édition). www.icrc.org/fr
  3. Global Protection Cluster (2021). Protection Analytical Framework (PAF). www.globalprotectioncluster.org
  4. Nations unies, Haut-Commissariat aux droits de l'homme (1998). Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays. www.ohchr.org/fr
  5. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (Principes de protection). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  6. Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
  7. GBV AoR, FNUAP (2024). Domaine de responsabilité Violences basées sur le genre (GBV AoR). www.gbvaor.net
  8. Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) (2024). Protection des personnes déplacées internes. www.unhcr.org/fr

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1La stratégie de protection de l'EHP appartient :
2Le mode d'action consistant à dialoguer de façon bilatérale et confidentielle avec un porteur d'obligations s'appelle :
3Avant de partager un jeu de données de protection, même agrégé, la question essentielle est :

← Jour 3Évaluation finale →