Jour 2 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Analyser et surveiller les risques

Objectifs du jour
  • Structurer une analyse de protection avec les quatre piliers du PAF.
  • Concevoir et conduire un monitoring de protection.
  • Appliquer les Principes directeurs relatifs au déplacement interne.

1Le cadre d'analyse de protection (PAF)

Le Protection Analytical Framework (PAF), développé sous l'égide du Global Protection Cluster, organise l'analyse en quatre piliers :

  • Le contexte : dynamiques de crise, acteurs, institutions, lois, normes sociales et culturelles, aléas.
  • Les menaces actuelles pour la population : quelles violations, commises par qui, comment, contre qui, où et depuis quand.
  • Les effets des menaces sur la population : conséquences physiques, psychologiques, matérielles et juridiques, et stratégies d'adaptation, y compris les stratégies négatives (travail des enfants, mariage précoce, retour forcé).
  • Les capacités existantes pour faire face : celles des personnes et des communautés, des institutions et autorités, et des acteurs humanitaires et de développement.

Le PAF ne prescrit pas d'outil de collecte : il aide à poser les bonnes questions, à croiser les sources (données secondaires, monitoring, entretiens, rapports sectoriels) et à aboutir à des risques prioritaires formulés de façon précise, qui guident la réponse et le plaidoyer.

2Le monitoring de protection

Le monitoring de protection est une collecte, une vérification et une analyse systématiques et régulières d'informations sur une période prolongée, afin d'identifier les violations et les risques, d'en suivre les tendances et d'orienter la réponse. Il combine plusieurs méthodes :

  • Entretiens avec des informateurs clés et discussions de groupe séparées par âge, genre et diversité.
  • Observation directe (points de contrôle, sites, marchés, services).
  • Enquêtes auprès des ménages, à des intervalles réguliers et avec un échantillon défini.
  • Monitoring des incidents, réservé aux équipes formées et doté d'un circuit de référencement.

Un bon système de monitoring part de questions de décision : que doit-on savoir pour agir ? Il collecte le minimum nécessaire, publie des analyses régulières (souvent mensuelles) et se traduit en actions : référencements, interventions, plaidoyer. Un monitoring qui accumule des données sans produire de réponse fait courir des risques aux personnes interrogées sans bénéfice pour elles.

3Données sensibles et principe « ne pas nuire »

Les informations de protection peuvent exposer les personnes à des représailles. Les règles de base, issues des principes de gestion de l'information de protection (PIM) et des Standards professionnels du CICR :

  • Finalité définie et collecte limitée à ce qui est nécessaire.
  • Consentement éclairé : la personne sait pourquoi on l'interroge, ce qu'il adviendra de l'information et qu'elle peut refuser sans perdre l'assistance.
  • Confidentialité et sécurité : pas de noms dans les rapports, stockage chiffré, accès restreint, accords de partage de données.
  • Pas d'enquête sur les incidents de VBG par des équipes non spécialisées : on oriente vers les services, on ne documente pas l'incident.

Attention à la ré-identification : dans un petit village, « une femme handicapée de 30 ans arrêtée au poste nord » suffit à reconnaître la personne. Les données agrégées sur de très petits nombres doivent être regroupées ou supprimées.

4Le déplacement interne et les Principes directeurs

Selon les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays (1998, 30 principes), les personnes déplacées internes (PDI) sont celles qui ont été forcées de fuir leur lieu de résidence, notamment en raison d'un conflit, de violences, de violations des droits ou de catastrophes, sans franchir de frontière internationale. Elles restent des citoyens qui jouissent de tous les droits de leur pays. Plus de 80 millions de personnes vivaient en déplacement interne fin 2024 selon l'IDMC.

Les Principes couvrent la protection contre le déplacement arbitraire, la protection pendant le déplacement (vie, liberté de mouvement, documents, unité familiale, propriété) et les solutions durables. Le Cadre de l'IASC sur les solutions durables (2010) retient trois options, le retour, l'intégration locale et l'installation ailleurs dans le pays, et huit critères, dont la sécurité, un niveau de vie adéquat, l'accès aux moyens de subsistance, la restitution du logement et des biens et l'accès à la documentation. Un retour n'est durable que s'il est volontaire, sûr et digne, et fondé sur une information fiable.

Mise en situation

La liste demandée

Bureau de district, zone de conflit

Votre rôle

Vous êtes responsable du monitoring de protection d'une ONG.

Un commandant militaire local vous convoque. Il sait que votre équipe a mené des entretiens dans trois villages où des civils ont été tués lors d'une opération. Il exige les noms des personnes interrogées « pour l'enquête officielle » et menace de suspendre vos autorisations de déplacement.

  1. Décision 1 sur 3Que répondez-vous au commandant ?

  2. Décision 2 sur 3De retour au bureau, que faites-vous des questionnaires ?

  3. Décision 3 sur 3Comment utiliser l'information sur les civils tués ?

Exercice d'application : une analyse PAF

Votre monitoring mensuel couvre 40 villages. Il indique : 18 % des ménages déplacés n'ont aucun document d'identité, les arrestations aux points de contrôle ont doublé en deux mois, 30 % des ménages déclarent retirer des enfants de l'école pour travailler, et une radio locale relaie des rumeurs de retours forcés. Classez ces informations dans les quatre piliers du PAF, identifiez les deux risques prioritaires, les lacunes d'information et les données qui ne doivent pas être partagées.

À retenir

  • PAF : contexte, menaces actuelles, effets des menaces, capacités existantes.
  • Monitoring de protection : systématique, régulier, vérifié, tourné vers la décision et la réponse.
  • Collecter le minimum, avec consentement éclairé ; jamais d'enquête sur un incident de VBG hors des services spécialisés.
  • PDI : forcées de fuir sans franchir de frontière ; Principes directeurs de 1998.
  • Solutions durables : retour, intégration locale, installation ailleurs ; volontaires, sûres et dignes.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Comité permanent interorganisations (IASC) (2016). IASC Policy on Protection in Humanitarian Action. interagencystandingcommittee.org
  2. Comité international de la Croix-Rouge (2018). Standards professionnels pour les activités de protection menées par les organisations humanitaires et de défense des droits de l'homme lors de conflits armés et d'autres situations de violence (3e édition). www.icrc.org/fr
  3. Global Protection Cluster (2021). Protection Analytical Framework (PAF). www.globalprotectioncluster.org
  4. Nations unies, Haut-Commissariat aux droits de l'homme (1998). Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays. www.ohchr.org/fr
  5. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (Principes de protection). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  6. Comité permanent interorganisations (IASC) (2010). IASC Framework on Durable Solutions for Internally Displaced Persons. interagencystandingcommittee.org
  7. GBV AoR, FNUAP (2024). Domaine de responsabilité Violences basées sur le genre (GBV AoR). www.gbvaor.net
  8. Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) (2024). Protection des personnes déplacées internes. www.unhcr.org/fr

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Les stratégies d'adaptation négatives comme le mariage précoce relèvent, dans le PAF, du pilier :
2Lors d'une enquête de monitoring, une femme commence à décrire une agression sexuelle. L'enquêteur non spécialisé doit :
3Ce qui distingue une personne déplacée interne d'un réfugié est :

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