Jour 2 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Soins de santé primaires et services essentiels

Objectifs du jour
  • Organiser des soins de santé primaires accessibles et des médicaments essentiels.
  • Mettre en œuvre le DMU en santé reproductive et la vaccination contre la rougeole.
  • Intégrer la santé mentale et le soutien psychosocial selon les lignes directrices de l'IASC.

1Soins de santé primaires : organisation et repères Sphère

Les soins de santé primaires sont le socle de la réponse : consultations curatives, prise en charge intégrée des maladies de l'enfant (PCIME), soins prénatals et postnatals, vaccination, dépistage nutritionnel, maladies chroniques, référence vers l'hôpital. Ils s'appuient sur des agents de santé communautaire qui détectent les cas, traitent les maladies simples (paludisme, diarrhée, pneumonie) et suivent les décès.

Repères Sphère pour planifier : environ une structure de soins de santé primaires pour 10 000 personnes, un hôpital de district pour 250 000 personnes, au moins 22 personnels qualifiés (médecins, infirmiers, sages-femmes) pour 10 000 habitants, et un clinicien qui ne dépasse pas 50 consultations par jour. Un taux d'utilisation d'au moins 1 nouvelle consultation par personne et par an indique un accès correct. Les soins sont gratuits au point de service pendant la phase aiguë.

2Le Dispositif minimum d'urgence en santé reproductive (DMU/MISP)

Le DMU (MISP en anglais) définit les services de santé sexuelle et reproductive à assurer dès le début d'une crise, si possible dans les 48 heures. Ses objectifs selon le Manuel de terrain interorganisations (IAWG, 2018) :

  • désigner une organisation chef de file pour coordonner la santé reproductive au sein du cluster Santé ;
  • prévenir les violences sexuelles et y répondre : prise en charge clinique du viol, avec prophylaxie post-exposition au VIH dans les 72 heures et contraception d'urgence dans les 120 heures ;
  • prévenir la transmission du VIH et des autres IST (précautions standard, sang sûr, préservatifs, continuité des antirétroviraux) ;
  • prévenir la morbidité et la mortalité maternelles et néonatales : accouchement assisté, soins obstétricaux et néonatals d'urgence de base (SONUB) et complets (SONUC), système de référence 24 h sur 24, kits d'accouchement hygiénique pour les femmes enceintes visibles ;
  • prévenir les grossesses non désirées (contraception disponible) ;
  • planifier des services complets de santé reproductive dès que possible.

Les soins d'avortement sécurisés, dans toute la mesure autorisée par la loi, font aussi partie des priorités. Le DMU s'applique sans attendre une évaluation détaillée.

3Vaccination contre la rougeole et vaccination de routine

La rougeole tue massivement dans les camps surpeuplés, surtout chez les enfants malnutris. La campagne de vaccination est une priorité absolue dès que la couverture est incertaine ou inférieure à 90 % :

  • cible : enfants de 6 mois à 15 ans (au minimum 6 mois à 5 ans si les ressources manquent), selon le contexte et la politique nationale ;
  • objectif de couverture : 95 % ;
  • vitamine A associée pour les enfants de 6 à 59 mois ;
  • les enfants vaccinés entre 6 et 9 mois reçoivent une nouvelle dose à 9 mois ;
  • chaîne du froid surveillée, sécurité des injections, gestion des déchets.

La vaccination de routine (Programme élargi de vaccination) doit reprendre dès que possible : pentavalent, polio, pneumocoque, rougeole, etc. La couverture se vérifie par les registres et par des enquêtes, pas seulement par le nombre de doses administrées.

4Santé mentale, soutien psychosocial et médicaments

Les lignes directrices de l'IASC (2007) organisent la santé mentale et le soutien psychosocial (SMSPS) en une pyramide de quatre niveaux : services de base et sécurité dispensés dans la dignité ; soutien communautaire et familial ; soutien ciblé non spécialisé (premiers secours psychologiques, groupes) ; services spécialisés. Les troubles mentaux sont fréquents en zone de conflit : l'OMS estime que plus d'une personne sur cinq en est atteinte. Le Guide d'intervention humanitaire mhGAP permet aux soignants non spécialistes de prendre en charge dépression, psychose, épilepsie ou usage de substances, et les premiers secours psychologiques s'enseignent à tous.

Côté médicaments, le kit sanitaire d'urgence interinstitutions (IEHK 2017) permet d'ouvrir des soins sans attendre : le module de base (10 unités) couvre 1 000 personnes pendant 3 mois en soins de base, le module complémentaire couvre 10 000 personnes pendant 3 mois au niveau des soignants qualifiés, avec des modules séparés (paludisme, prophylaxie post-exposition). Les kits sont une solution de démarrage : il faut passer rapidement à des commandes basées sur la consommation, avec fiches de stock, inventaires, principe « premier périmé, premier sorti » et alignement sur la liste nationale des médicaments essentiels.

Mise en situation

La nuit à la maternité

Centre de santé d'un camp de réfugiés

Votre rôle

Vous êtes infirmier de garde, seul soignant qualifié la nuit.

À 23 h, une adolescente arrive accompagnée d'une voisine. Elle dit avoir été agressée sexuellement il y a deux jours. Une heure plus tard, une femme en travail saigne abondamment après l'accouchement. L'ambulance du camp est disponible, l'hôpital de référence est à 40 minutes.

  1. Décision 1 sur 3Comment accueillez-vous l'adolescente ?

  2. Décision 2 sur 3Que lui proposez-vous, 48 heures après l'agression ?

  3. Décision 3 sur 3La femme qui a accouché saigne abondamment. Vous :

Exercice d'application : planifier un centre de santé

Pour un site de 30 000 déplacés arrivés il y a dix jours, sans structure de santé fonctionnelle, établissez un plan d'une page : nombre de structures et de personnels selon Sphère, paquet de services de la semaine 1 (dont DMU et rougeole), kits IEHK à commander et pour combien de temps, prise en charge des maladies chroniques, place de la santé mentale et indicateurs de suivi hebdomadaires.

À retenir

  • Sphère : une structure de soins primaires pour 10 000 personnes, 22 personnels qualifiés pour 10 000, moins de 50 consultations par clinicien et par jour.
  • DMU dès les 48 premières heures : PPE dans les 72 h, contraception d'urgence dans les 120 h, SONU et référence.
  • Rougeole : 6 mois à 15 ans, 95 % de couverture, vitamine A pour les 6-59 mois.
  • SMSPS : pyramide IASC à quatre niveaux, mhGAP et premiers secours psychologiques.
  • IEHK pour démarrer (1 000 personnes / 3 mois par unité de base), puis commandes selon la consommation.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Santé). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Comité permanent interorganisations (IASC) (2007). Directives du CPI concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence. interagencystandingcommittee.org
  3. Groupe de travail interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise (IAWG) (2018). Manuel de terrain interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise humanitaire. iawg.net
  4. Organisation mondiale de la Santé (2012). Outbreak surveillance and response in humanitarian emergencies: WHO guidelines for EWARN implementation. www.who.int
  5. Organisation mondiale de la Santé (2017). Kit sanitaire d'urgence interinstitutions (IEHK) 2017. www.who.int
  6. Global Task Force on Cholera Control (GTFCC) (2017). Ending Cholera: A Global Roadmap to 2030. www.gtfcc.org
  7. Global Health Cluster, Organisation mondiale de la Santé (2020). Health Cluster Guide: a practical handbook. healthcluster.who.int
  8. Organisation mondiale de la Santé (2018). Surveillance System for Attacks on Health Care (SSA). extranet.who.int/ssa

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1La prophylaxie post-exposition au VIH après un viol doit être commencée dans un délai maximal de :
2Dans un camp, la campagne de vaccination contre la rougeole cible en priorité :
3Une unité de base du kit IEHK 2017 couvre approximativement :

← Jour 1Jour 3 →