Jour 4 sur 4 · 6 heures · Niveau 3 Avancé · Module avancé

Gestion d'une épidémie et renforcement du système de santé

Objectifs du jour
  • Piloter une riposte épidémique avec une structure de gestion d'incident.
  • Analyser les données épidémiologiques pour orienter la riposte.
  • Préserver et renforcer le système de santé pendant et après la crise.

1Organiser la riposte : la gestion d'incident

Une épidémie se gère comme un incident, avec une structure de gestion d'incident (ou centre d'opérations d'urgence) placée sous l'autorité du ministère de la Santé et appuyée par l'OMS et le cluster. Elle regroupe des fonctions claires : coordination, surveillance et laboratoire, prise en charge des cas, prévention et contrôle des infections, WASH, communication sur les risques et engagement communautaire, logistique, vaccination.

La réunion quotidienne suit un ordre fixe : situation épidémiologique, état des stocks, gaps géographiques, décisions et responsables. Un plan de riposte chiffré et un tableau de bord d'indicateurs (cas, décès, létalité, délai entre apparition des symptômes et prise en charge, couverture vaccinale) guident les décisions et le plaidoyer.

2Lire les données : courbe épidémique, attaque et létalité

La courbe épidémique (cas par jour ou par semaine) montre si l'épidémie est en phase de croissance, de plateau ou de décroissance, et si une source commune est probable. Le taux d'attaque (cas ÷ population à risque) indique les zones les plus touchées. La létalité (décès ÷ cas) mesure la qualité et l'accessibilité de la prise en charge : pour le choléra, elle doit rester sous 1 % ; une létalité élevée dans les structures signale un problème de qualité, une proportion élevée de décès communautaires signale un problème d'accès.

Les données se ventilent par âge, sexe et lieu, et se représentent sur une carte. Une baisse apparente des cas peut aussi venir d'une baisse de la surveillance : on vérifie toujours la complétude des rapports avant de conclure.

3Préserver les services essentiels

Pendant une épidémie, les autres causes de décès ne disparaissent pas. Les flambées passées ont montré que la chute des services essentiels (accouchements assistés, vaccination de routine, traitement du paludisme, de la tuberculose ou du VIH) peut tuer davantage que l'épidémie elle-même. Il faut donc protéger le personnel (prévention et contrôle des infections, équipements de protection, paiement régulier), maintenir le tri à l'entrée des structures et suivre chaque mois les indicateurs des services essentiels.

HeRAMS et le système d'information sanitaire national (souvent DHIS2) permettent de repérer les structures qui décrochent. Les attaques contre les soins, qui ferment des services entiers, sont signalées au SSA de l'OMS et portées dans le plaidoyer du cluster.

4Du relèvement au renforcement du système

Une bonne réponse laisse un système plus solide. Concrètement : travailler dans les structures publiques plutôt qu'à côté, aligner les primes sur les règles convenues au sein du cluster, former le personnel du ministère, intégrer l'EWARN dans la surveillance nationale, transférer progressivement les achats vers les circuits nationaux et la liste des médicaments essentiels.

La préparation fait partie du travail : plans de contingence par saison de risque (choléra en saison des pluies, rougeole en saison sèche, méningite dans la ceinture africaine), stocks prépositionnés, équipes d'intervention rapide formées, exercices de simulation et retour d'expérience après chaque épidémie.

Exercice d'application : le tableau de bord de riposte

À partir des données d'une épidémie de rougeole (420 cas et 14 décès en six semaines, dont 70 % chez des enfants de moins de 5 ans, couverture vaccinale estimée à 62 %, trois structures en rupture de vitamine A), construisez le tableau de bord de la cellule de gestion d'incident : indicateurs, cibles, sources, fréquence, responsables, puis rédigez les trois décisions prioritaires de la semaine.

À retenir

  • Gestion d'incident sous l'autorité du ministère, avec des fonctions claires et une réunion quotidienne.
  • Courbe épidémique, taux d'attaque et létalité orientent la riposte.
  • Létalité élevée en structure = qualité ; décès communautaires = accès.
  • Préserver les services essentiels et protéger le personnel pendant l'épidémie.
  • Travailler dans le système national, préparer la saison suivante et tirer les leçons.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Santé). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Comité permanent interorganisations (IASC) (2007). Directives du CPI concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence. interagencystandingcommittee.org
  3. Groupe de travail interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise (IAWG) (2018). Manuel de terrain interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise humanitaire. iawg.net
  4. Organisation mondiale de la Santé (2012). Outbreak surveillance and response in humanitarian emergencies: WHO guidelines for EWARN implementation. www.who.int
  5. Organisation mondiale de la Santé (2017). Kit sanitaire d'urgence interinstitutions (IEHK) 2017. www.who.int
  6. Global Task Force on Cholera Control (GTFCC) (2017). Ending Cholera: A Global Roadmap to 2030. www.gtfcc.org
  7. Global Health Cluster, Organisation mondiale de la Santé (2020). Health Cluster Guide: a practical handbook. healthcluster.who.int
  8. Organisation mondiale de la Santé (2018). Surveillance System for Attacks on Health Care (SSA). extranet.who.int/ssa

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Le taux d'attaque d'une épidémie se calcule :
2Une forte proportion de décès choléra survenant à domicile signale surtout :
3Pendant une épidémie, il faut suivre les services essentiels parce que :

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