Jour 3 sur 4 · 6 heures · Niveau 2 Intermédiaire

Surveillance, épidémies et coordination

Objectifs du jour
  • Mettre en place un système d'alerte précoce (EWARN) et vérifier les alertes.
  • Organiser la riposte à une épidémie de choléra ou de rougeole.
  • Coordonner avec le cluster Santé, utiliser HeRAMS et protéger les soins contre les attaques.

1Le système d'alerte précoce (EWARN)

L'EWARN (Early Warning, Alert and Response Network) est un système de surveillance simplifié, mis en place quand le système national ne fonctionne plus. Il repose sur :

  • une liste courte de maladies prioritaires (diarrhée aqueuse aiguë, diarrhée sanglante, rougeole, paludisme, méningite, paralysie flasque aiguë, fièvre hémorragique, ictère aigu) ;
  • des définitions de cas standardisées, simples, connues de tous les soignants ;
  • un rapport hebdomadaire de toutes les structures, y compris un « rapport zéro » quand aucun cas n'est vu ;
  • des seuils d'alerte : un seul cas suspect de choléra, de rougeole, de paralysie flasque ou de fièvre hémorragique déclenche une alerte immédiate ;
  • la vérification de chaque alerte dans les 24 heures et une investigation rapide.

Deux indicateurs de qualité : la complétude et la promptitude des rapports, idéalement au moins 80 %. Un système qui ne reçoit qu'un rapport sur deux ne voit pas les épidémies.

2Riposter au choléra

Le choléra peut tuer en quelques heures par déshydratation, mais la létalité doit rester inférieure à 1 % avec une bonne prise en charge. La riposte combine :

  • prise en charge : points de réhydratation orale (SRO) dans la communauté, unités et centres de traitement du choléra (UTC, CTC) pour la réhydratation intraveineuse au Ringer lactate des cas sévères, antibiotiques selon les recommandations ;
  • confirmation par tests de diagnostic rapide puis culture au laboratoire ;
  • WASH : chloration de l'eau, désinfection des domiciles des cas, ciblage des « cercles » autour des cas (CATI), hygiène, inhumations sûres ;
  • vaccin oral contre le choléra (VCO), demandé au groupe international de coordination (ICG) ;
  • communication sur les risques et engagement communautaire pour lutter contre les rumeurs.

Une létalité supérieure à 1 % signale un retard de prise en charge, un accès insuffisant ou une qualité de soins à corriger, souvent par plus de points de SRO au plus près des ménages.

3Riposter à la rougeole et aux autres épidémies

En camp, un seul cas confirmé de rougeole justifie une riposte. On isole et traite les cas (vitamine A, traitement des complications, surveillance nutritionnelle), on lance ou complète la campagne de vaccination et on cherche activement les cas. Pour toute épidémie, la démarche est la même : confirmer l'épidémie, définir les cas, décrire par temps, lieu et personne (courbe épidémique, carte, âge), formuler des hypothèses, mettre en place les mesures de contrôle et suivre l'évolution chaque jour.

Le Règlement sanitaire international (2005) impose aux États de notifier à l'OMS certains événements. Les ONG transmettent leurs alertes au ministère de la Santé et au cluster, jamais aux médias d'abord. Les stocks de préparation (kits choléra, tests rapides, vaccins via l'ICG) se prépositionnent avant la saison à risque.

4Cluster Santé, HeRAMS et protection des soins

Le cluster Santé, dirigé par l'OMS au niveau mondial, coordonne avec le ministère de la Santé : analyse commune des risques, cartographie 4W, harmonisation des protocoles et des listes de médicaments, plan de réponse, suivi des gaps et plaidoyer. Le système HeRAMS (Health Resources and Services Availability Monitoring System) recense, structure par structure, ce qui fonctionne réellement : bâtiment, personnel, équipements, services disponibles, causes d'indisponibilité. Il évite d'ouvrir un poste de santé à côté d'un centre qui fonctionne déjà.

Les attaques contre les soins (frappes sur des hôpitaux, violences contre les soignants, obstruction des ambulances, pillage) sont interdites par le droit international humanitaire, rappelé par la résolution 2286 (2016) du Conseil de sécurité. L'OMS les documente dans son système de surveillance des attaques contre les soins (SSA). Pour une ONG : signaler chaque incident, protéger le personnel et les patients, respecter la neutralité (pas d'armes dans les structures) et ne pas suspendre les soins sans plan de continuité.

Mise en situation

La réunion du cluster en pleine épidémie

Capitale provinciale, réunion hebdomadaire du cluster Santé

Votre rôle

Vous représentez votre ONG, qui gère des centres de santé dans deux districts touchés.

Une épidémie de choléra s'étend. La veille, un centre de santé soutenu par votre ONG a été pillé et un infirmier blessé. Le coordinateur du cluster présente une carte HeRAMS : un district n'a plus aucune structure fonctionnelle. Un bailleur propose de financer un hôpital de campagne dans la capitale.

  1. Décision 1 sur 3Que faites-vous de l'attaque contre votre centre ?

  2. Décision 2 sur 3Comment réagissez-vous à la proposition d'hôpital de campagne ?

  3. Décision 3 sur 3Quel engagement prenez-vous pour la semaine suivante ?

Exercice d'application : une alerte choléra

Lundi, un centre de santé signale trois adultes avec diarrhée aqueuse aiguë et déshydratation sévère, dont un décédé, tous du même quartier proche d'une rivière. Décrivez heure par heure les 72 premières heures : vérification de l'alerte, prélèvements, prise en charge, mesures WASH, communication, notification au ministère et au cluster, besoins en intrants et indicateurs à suivre chaque jour.

À retenir

  • EWARN : maladies prioritaires, définitions de cas, rapport hebdomadaire et rapport zéro.
  • Alerte vérifiée dans les 24 heures ; complétude et promptitude d'au moins 80 %.
  • Choléra : létalité < 1 %, SRO au plus près, CTC/UTC, WASH, vaccin oral via l'ICG.
  • Rougeole : un seul cas confirmé en camp = riposte.
  • Cluster Santé dirigé par l'OMS ; HeRAMS ; signaler toute attaque contre les soins (SSA).
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Santé). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Comité permanent interorganisations (IASC) (2007). Directives du CPI concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d'urgence. interagencystandingcommittee.org
  3. Groupe de travail interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise (IAWG) (2018). Manuel de terrain interorganisations sur la santé reproductive en situations de crise humanitaire. iawg.net
  4. Organisation mondiale de la Santé (2012). Outbreak surveillance and response in humanitarian emergencies: WHO guidelines for EWARN implementation. www.who.int
  5. Organisation mondiale de la Santé (2017). Kit sanitaire d'urgence interinstitutions (IEHK) 2017. www.who.int
  6. Global Task Force on Cholera Control (GTFCC) (2017). Ending Cholera: A Global Roadmap to 2030. www.gtfcc.org
  7. Global Health Cluster, Organisation mondiale de la Santé (2020). Health Cluster Guide: a practical handbook. healthcluster.who.int
  8. Organisation mondiale de la Santé (2018). Surveillance System for Attacks on Health Care (SSA). extranet.who.int/ssa

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Dans un EWARN, un « rapport zéro » signifie :
2Dans une épidémie de choléra bien prise en charge, la létalité doit rester :
3Au niveau mondial, le cluster Santé est dirigé par :

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