- Analyser un dilemme et décider d'un compromis acceptable.
- Mener une négociation à plusieurs niveaux et construire des positions communes.
- Protéger le négociateur et l'organisation face aux pressions.
1Dilemmes et compromis acceptables
Le négociateur fait souvent face à des choix où toutes les options ont un coût : accepter un contrôle des convois, limiter la visibilité, réduire temporairement une zone d'intervention. Un compromis est acceptable s'il ne franchit aucune ligne rouge, s'il respecte les principes et s'il reste meilleur pour la population que l'absence d'accord.
Pour décider : décrivez les options, évaluez les conséquences pour la population, pour l'organisation, pour les autres acteurs et pour l'avenir (précédent), puis décidez collectivement, au bon niveau, et documentez la décision et ses raisons. Fixez aussi des conditions de sortie : à quel moment le compromis devra être revu ou abandonné.
2Négocier à plusieurs niveaux
Un accès durable se négocie rarement en un seul endroit. On négocie en parallèle au niveau local (points de contrôle, commandants de zone, chefs communautaires), au niveau intermédiaire (gouverneurs, commandements régionaux) et au niveau politique (ministères, direction politique des groupes armés, États influents).
Le risque est l'incohérence : un accord au sommet que le terrain ignore, ou une concession locale qui contredit la position de l'organisation. Il faut donc une stratégie d'accès écrite, un partage régulier d'informations entre les niveaux et un seul porte-parole par interlocuteur.
3Positions communes et coordination de l'accès
Quand plusieurs organisations travaillent dans la même zone, une concession faite par l'une devient vite une exigence pour toutes. Les principes communs d'intervention (Joint Operating Principles) ou les positions communes, adoptés avec OCHA ou le groupe de travail sur l'accès, fixent les conditions minimales partagées : pas de paiement, pas d'escorte armée sauf dernier recours, contrôle des listes et de la distribution par les organisations.
La coordination ne veut pas dire négocier ensemble partout : chaque organisation garde son mandat et ses relations, mais toutes évitent les messages contradictoires et partagent l'analyse des incidents d'accès.
4Protéger le négociateur et l'organisation
Le négociateur de première ligne porte une charge lourde : pressions, menaces, responsabilité de l'accès pour des milliers de personnes. L'organisation doit le protéger : mandat écrit et clair, pas de rendez-vous à risque sans plan de sécurité, rotation des négociateurs, débriefing après chaque entretien difficile, soutien psychologique.
Les menaces sont signalées immédiatement au point focal sécurité et au mandant ; elles peuvent justifier un changement d'interlocuteur, de niveau de négociation ou de posture. Aucun accord ne vaut la vie d'un membre du personnel.
Exercice d'application : une stratégie d'accès
Pour une zone difficile d'accès de votre choix, rédigez une stratégie d'accès de deux pages : interlocuteurs à chaque niveau, objectifs, lignes rouges communes avec les autres organisations, compromis possibles et leurs conditions de sortie, mesures de protection du négociateur, indicateurs de suivi de l'accès.
À retenir
- Compromis acceptable : aucune ligne rouge franchie, principes respectés, mieux que pas d'accord.
- Décider collectivement, documenter, prévoir des conditions de sortie.
- Négocier à plusieurs niveaux avec une stratégie d'accès écrite et des messages cohérents.
- Principes communs d'intervention : éviter les précédents qui exposent toutes les organisations.
- Protéger le négociateur : mandat écrit, sécurité, rotation, soutien.
Pour aller plus loin : références de la formation
- Centre de compétences sur les négociations humanitaires (CCHN) (2019). Manuel de terrain sur la négociation humanitaire de première ligne. frontline-negotiations.org
- OCHA (G. McHugh et M. Bessler) (2006). Humanitarian Negotiations with Armed Groups: A Manual for Practitioners. www.unocha.org
- CICR (2005). Règle 55 : accès aux secours humanitaires (droit international humanitaire coutumier). ihl-databases.icrc.org/fr/customary-ihl/v1/rule55
- R. Fisher, W. Ury et B. Patton (1981). Comment réussir une négociation (Getting to Yes). www.pon.harvard.edu
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.