- Conduire un entretien de négociation, avec ou sans interprète.
- Gérer les tensions, les refus et les demandes inacceptables.
- Conclure, documenter et suivre l'accord.
1Conduire l'entretien
Un entretien de négociation suit en général cinq temps :
- Accueil et présentation : se présenter, présenter l'organisation et son mandat en quelques phrases simples, remercier.
- Îlot d'accord : partir des faits et des valeurs partagés.
- Écoute : laisser l'interlocuteur exposer sa position et ses préoccupations ; poser des questions ouvertes (« Qu'est-ce qui vous inquiète ? »).
- Options : proposer plusieurs solutions qui répondent à ses préoccupations et à vos objectifs.
- Conclusion : reformuler ce qui a été convenu, qui fait quoi et quand.
Respectez les codes locaux (salutations, temps passé, thé, hiérarchie), habillez-vous de façon appropriée et venez à deux de préférence : une personne parle, l'autre observe et prend des notes après la réunion.
2Écoute active et travail avec un interprète
L'écoute active consiste à montrer qu'on a compris avant de répondre : reformuler (« Si je comprends bien, vous craignez que… »), nommer les émotions sans les juger, résumer. Un interlocuteur qui se sent compris est plus ouvert aux propositions.
Avec un interprète : briefez-le avant (objectif, vocabulaire, neutralité, confidentialité) ; parlez par phrases courtes ; regardez votre interlocuteur, pas l'interprète ; demandez une traduction fidèle, sans résumé ni ajout. Choisissez un interprète qui ne sera pas mis en danger ni perçu comme partisan par l'interlocuteur.
3Tensions, refus et demandes inacceptables
Face à la colère ou aux menaces, restez calme, baissez le ton, écoutez, et proposez une pause si nécessaire. Ne répondez jamais à une provocation et ne mettez jamais votre sécurité en jeu pour un accord.
- Un refus n'est pas une fin : demandez ce qui permettrait de reconsidérer la question, ou proposez de revenir avec d'autres éléments.
- Face à une demande inacceptable (paiement, part de l'aide, liste des bénéficiaires, recrutement imposé), expliquez calmement pourquoi c'est impossible en vous appuyant sur les principes et la politique de l'organisation, et proposez une alternative acceptable (par exemple, informer les autorités des critères de sélection plutôt que de donner les noms).
- Ne promettez rien qui dépasse votre mandat : « Je transmets votre demande à ma direction et je reviens vers vous. »
4Conclure, documenter et suivre
Un accord oral se reformule à la fin de l'entretien, puis se documente dès le retour : date, participants, demandes, engagements de chaque partie, points restés ouverts, prochaine étape. Le compte rendu va au mandant et, selon les règles de confidentialité, au point focal sécurité et au groupe de travail sur l'accès.
Un accord se teste et se suit : premier passage d'un petit convoi, vérification que les engagements sont respectés, information des équipes de terrain et des gardes au point de contrôle. Remerciez l'interlocuteur quand l'accord est appliqué : la relation se nourrit des engagements tenus, des deux côtés.
La demande de dernière minute
Point de distribution, en présence d'un groupe armé
Vous dirigez une distribution négociée la semaine dernière.
Au moment de commencer, le représentant du groupe armé exige que ses hommes distribuent eux-mêmes les kits « pour éviter le désordre ». La foule attend depuis le matin. Vos collègues vous regardent.
Décision 1 sur 3Quelle est votre première réaction ?
Décision 2 sur 3Il maintient sa demande. Quelle alternative proposez-vous ?
Décision 3 sur 3Il refuse toute alternative. Vous :
Ce qu'il faut retenir
Écouter, s'appuyer sur l'accord conclu, proposer une alternative et suspendre plutôt que franchir une ligne rouge.
Exercice d'application : jeu de rôle et compte rendu
À deux, jouez une négociation de dix minutes à un point de contrôle : l'un joue le commandant qui refuse le passage d'un convoi médical, l'autre le négociateur. Inversez les rôles. Rédigez ensuite le compte rendu de l'entretien en dix lignes : participants, demandes, engagements, points ouverts, prochaine étape.
À retenir
- Cinq temps : accueil, îlot d'accord, écoute, options, conclusion.
- Écoute active : reformuler, nommer les émotions, résumer.
- Interprète briefé, neutre, protégé ; phrases courtes ; regarder l'interlocuteur.
- Demande inacceptable : expliquer par les principes et proposer une alternative.
- Reformuler, documenter, tester et suivre l'accord.
Pour aller plus loin : références de la formation
- Centre de compétences sur les négociations humanitaires (CCHN) (2019). Manuel de terrain sur la négociation humanitaire de première ligne. frontline-negotiations.org
- OCHA (G. McHugh et M. Bessler) (2006). Humanitarian Negotiations with Armed Groups: A Manual for Practitioners. www.unocha.org
- CICR (2005). Règle 55 : accès aux secours humanitaires (droit international humanitaire coutumier). ihl-databases.icrc.org/fr/customary-ihl/v1/rule55
- R. Fisher, W. Ury et B. Patton (1981). Comment réussir une négociation (Getting to Yes). www.pon.harvard.edu
Quiz du jour
3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.