Jour 1 sur 4 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Comprendre la négociation humanitaire

Objectifs du jour
  • Définir la négociation humanitaire et ce qui la distingue d'une négociation commerciale.
  • Connaître son cadre juridique et ses principes.
  • Distinguer les rôles de négociateur, de mandant et d'équipe de soutien.

1Qu'est-ce qu'une négociation humanitaire ?

La négociation humanitaire est l'ensemble des échanges avec les parties qui contrôlent un territoire ou une population (autorités, forces armées, groupes armés non étatiques, chefs communautaires) pour assurer la présence, l'accès et l'action des organisations humanitaires auprès des personnes dans le besoin.

Elle porte sur trois grands objets : l'accès (passer un point de contrôle, ouvrir une route, faire entrer un convoi), la protection (obtenir le respect des civils, des blessés, des structures de santé) et les modalités des programmes (sélection des bénéficiaires, distribution, recrutement local, visibilité).

À la différence d'une négociation commerciale, certains points ne se négocient pas : l'aide est donnée selon les besoins, l'organisation garde le contrôle de ses ressources et de ses listes, et elle ne prend pas parti.

2Le cadre juridique et les principes

Le droit international humanitaire oblige les parties à un conflit à autoriser et faciliter le passage rapide et sans encombre des secours humanitaires impartiaux (Protocole additionnel I, article 70 ; règle 55 du droit coutumier) et à garantir la liberté de mouvement du personnel humanitaire (règle 56). Les parties peuvent contrôler les convois, mais ne peuvent pas refuser l'accès de manière arbitraire.

Le droit fixe le cadre, mais l'accès se gagne dans la relation : un interlocuteur respecte une organisation qu'il juge utile, prévisible et impartiale. Les quatre principes (humanité, impartialité, neutralité, indépendance) sont donc aussi des outils de négociation : ils expliquent pourquoi l'organisation travaille avec tout le monde et ne peut accepter certaines demandes.

3Négociateur, mandant et équipe de soutien

Le CCHN distingue trois rôles qui doivent être clairs avant toute négociation importante :

  • Le négociateur de première ligne, qui rencontre l'interlocuteur et construit la relation.
  • Le mandant (chef de mission, direction), qui fixe le mandat, les objectifs et les lignes rouges, et assume la décision finale.
  • L'équipe de soutien, qui aide à analyser le contexte, prépare les dossiers et prend soin du négociateur.

Le négociateur ne décide pas seul d'un compromis qui dépasse son mandat : il revient vers son mandant. Cela le protège aussi face aux pressions (« je dois consulter ma hiérarchie »).

4Les postures du négociateur

Le négociateur humanitaire est rarement en position de force : il n'a ni armes ni argent à offrir à titre personnel. Sa force tient à la légitimité de son action, à la confiance construite, à sa connaissance du contexte et au soutien de son réseau.

  • Préférez une relation durable à une victoire ponctuelle : vous reverrez cet interlocuteur demain.
  • Restez cohérent : ce que vous dites à un acteur doit pouvoir être entendu par les autres.
  • Soignez la sécurité : une négociation se prépare avec le point focal sécurité ; on ne va jamais seul à un rendez-vous à risque sans que la base sache où vous êtes.
Mise en situation

La lettre qui ne suffit pas

Bureau d'un administrateur de district

Votre rôle

Vous êtes chef de projet ; vous venez présenter un nouveau programme de santé.

Vous avez l'autorisation écrite du ministère. L'administrateur de district vous reçoit froidement : « Le ministère est loin. Ici, c'est moi qui décide. Pourquoi travaillez-vous dans les villages de l'opposition ? »

  1. Décision 1 sur 3Comment commencez-vous ?

  2. Décision 2 sur 3Il insiste sur les « villages de l'opposition ». Vous répondez :

  3. Décision 3 sur 3Il demande à être informé de vos activités. Vous :

Exercice d'application : cartographier vos négociations

Listez cinq négociations que votre équipe a menées ou devra mener ce mois-ci (un point de contrôle, une autorisation de travail, une liste de bénéficiaires, un recrutement). Pour chacune, indiquez l'objet (accès, protection, programme), l'interlocuteur, qui joue le rôle de négociateur, qui est le mandant, et ce qui n'est pas négociable.

À retenir

  • Trois objets : accès, protection, modalités des programmes.
  • DIH : passage rapide et sans encombre des secours impartiaux (règle 55) ; pas de refus arbitraire.
  • Les principes sont aussi des arguments de négociation.
  • Trois rôles : négociateur, mandant (lignes rouges), équipe de soutien.
  • La force du négociateur : légitimité, confiance, connaissance, réseau.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Centre de compétences sur les négociations humanitaires (CCHN) (2019). Manuel de terrain sur la négociation humanitaire de première ligne. frontline-negotiations.org
  2. OCHA (G. McHugh et M. Bessler) (2006). Humanitarian Negotiations with Armed Groups: A Manual for Practitioners. www.unocha.org
  3. CICR (2005). Règle 55 : accès aux secours humanitaires (droit international humanitaire coutumier). ihl-databases.icrc.org/fr/customary-ihl/v1/rule55
  4. R. Fisher, W. Ury et B. Patton (1981). Comment réussir une négociation (Getting to Yes). www.pon.harvard.edu

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Quel point n'est jamais négociable pour une organisation humanitaire ?
2Qui fixe les lignes rouges d'une négociation ?
3La règle 55 du droit international humanitaire coutumier porte sur :

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