Jour 1 sur 4 · 6 heures · Niveau 1 Débutant

Comprendre la malnutrition en urgence

Objectifs du jour
  • Distinguer malnutrition aiguë, chronique et carences en micronutriments.
  • Expliquer les causes immédiates, sous-jacentes et fondamentales.
  • Connaître les seuils et les indicateurs de la situation nutritionnelle.

1Les formes de malnutrition

La malnutrition regroupe plusieurs réalités. La malnutrition aiguë (émaciation) traduit une perte de poids rapide, souvent liée à une maladie ou à un manque soudain de nourriture : c'est elle qui tue le plus vite en urgence. La malnutrition chronique (retard de croissance) traduit une privation longue : l'enfant est trop petit pour son âge. Les carences en micronutriments (fer, vitamine A, iode, zinc) affaiblissent l'immunité et le développement.

La malnutrition aiguë se divise en malnutrition aiguë modérée (MAM) et malnutrition aiguë sévère (MAS). Un enfant atteint de MAS a un risque de décès environ neuf fois plus élevé qu'un enfant bien nourri. La malnutrition aiguë globale (MAG) additionne MAM et MAS dans une population.

2Les causes : le cadre conceptuel de l'UNICEF

Le cadre de l'UNICEF distingue trois niveaux de causes :

  • Causes immédiates : une alimentation insuffisante et les maladies (diarrhée, rougeole, paludisme, infections respiratoires), qui s'aggravent mutuellement.
  • Causes sous-jacentes : l'insécurité alimentaire des ménages, les pratiques de soins et d'alimentation des enfants, l'accès à l'eau, à l'assainissement et aux services de santé.
  • Causes fondamentales : la pauvreté, les conflits, les déplacements, les inégalités de genre, la gouvernance.

Conséquence pratique : une réponse nutritionnelle efficace est multisectorielle. Traiter sans agir sur l'eau, la santé et l'accès à la nourriture, c'est voir les enfants revenir.

3Mesurer l'état nutritionnel

Trois mesures servent au dépistage et au diagnostic chez l'enfant de 6 à 59 mois :

  • Périmètre brachial (PB ou MUAC), mesuré au milieu du bras gauche avec un ruban coloré : moins de 115 mm = MAS ; de 115 à moins de 125 mm = MAM.
  • Rapport poids-taille exprimé en z-score selon les normes de l'OMS : moins de -3 = MAS ; de -3 à moins de -2 = MAM.
  • Œdèmes bilatéraux prenant le godet : on appuie trois secondes sur le dessus des deux pieds ; si un creux persiste, c'est une MAS, quel que soit le PB.

Le PB est simple, rapide et utilisable par des agents communautaires, et même par les mères formées (approche « PB famille »). Chez la femme enceinte ou allaitante, un PB bas (souvent moins de 230 mm, selon le protocole national) signale un risque.

4Les seuils et la classification de la situation

Les enquêtes anthropométriques donnent la prévalence de la MAG chez les 6-59 mois. Repères couramment utilisés (OMS) : moins de 5 % = acceptable ; 5 à 9,9 % = alerte ; 10 à 14,9 % = grave ; 15 % ou plus = critique. La classification IPC de la malnutrition aiguë (IPC AMN) situe chaque zone de la phase 1 à la phase 5 et guide les priorités.

D'autres indicateurs complètent l'analyse : le taux brut de mortalité et la mortalité des moins de 5 ans, la couverture vaccinale contre la rougeole, les épidémies en cours, les pratiques d'allaitement. Toujours appliquer le protocole national du pays : il prime sur les repères généraux.

Mise en situation

Le ruban qui change tout

Site de déplacés, distribution alimentaire

Votre rôle

Vous êtes agent de santé communautaire et dépistez les enfants pendant la distribution.

Une mère vous apporte son fils de 2 ans, fatigué. Le ruban PB indique 113 mm. Elle dit qu'il ne mange plus depuis deux jours et qu'il vomit tout.

  1. Décision 1 sur 3Comment classez-vous l'enfant ?

  2. Décision 2 sur 3Où l'orientez-vous ?

  3. Décision 3 sur 3La mère hésite : elle a trois autres enfants à la maison. Vous :

Exercice d'application : lire une enquête

Une enquête SMART dans un camp donne : MAG 16,2 %, MAS 3,1 %, taux de mortalité des moins de 5 ans 1,8 décès pour 10 000 par jour, couverture rougeole 58 %. Classez la situation, identifiez les trois risques principaux et proposez trois actions immédiates, en précisant quels autres secteurs doivent être mobilisés.

À retenir

  • Malnutrition aiguë (MAM, MAS), chronique et carences en micronutriments.
  • Causes immédiates, sous-jacentes et fondamentales : la réponse est multisectorielle.
  • PB < 115 mm, poids-taille < -3 z-score ou œdèmes bilatéraux = MAS.
  • MAG ≥ 15 % = situation critique ; l'IPC AMN classe les zones de 1 à 5.
  • Le protocole national prime toujours.
Pour aller plus loin : références de la formation
  1. Association Sphère (2018). Le manuel Sphère : Charte humanitaire et normes minimales (chapitre Sécurité alimentaire et nutrition). spherestandards.org/fr/manuel-2018
  2. Organisation mondiale de la Santé (2013). Guideline: updates on the management of severe acute malnutrition in infants and children. www.who.int/publications/i/item/9789241506328
  3. IFE Core Group (2017). Infant and Young Child Feeding in Emergencies: Operational Guidance. www.ennonline.net/operationalguidance-v3-2017
  4. Action contre la Faim Canada, SMART (2017). SMART Methodology Manual. smartmethodology.org
  5. UNICEF, Global Nutrition Cluster (2024). Global Nutrition Cluster. www.nutritioncluster.net

Quiz du jour

3 questions pour vérifier vos acquis. Répondez à toutes pour valider le jour.

1Un enfant de 2 ans a un PB de 110 mm sans œdèmes. Il présente :
2Les œdèmes bilatéraux prenant le godet signifient :
3Une prévalence de MAG de 16 % correspond à une situation :

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